,

[4] La ferme aux truites : notre première journée

A 35km d’Holmavik, 22 septembre 2025 « No stress. Here, no stress ! Let’s go have a coffee break ! » Ces deux phrases résument bien l’ambiance du bénévolat ici. Début de journée brumeuse à la ferme aux truites Notre première nuit dans la ferme a été reposante. Nous nous réveillons vers 8h-8h30 en entendant le café…


A 35km d’Holmavik, 22 septembre 2025

« No stress. Here, no stress !
Let’s go have a coffee break ! » 1

Ces deux phrases résument bien l’ambiance du bénévolat ici.

Début de journée brumeuse à la ferme aux truites

Notre première nuit dans la ferme a été reposante. Nous nous réveillons vers 8h-8h30 en entendant le café couler pour Björn et Töté. Est-ce que le boulot commencerait un peu plus tôt que 10h ?

En tout cas, étant réveillées, nous nous levons et allons prendre notre petit-déjeuner. Non sans, une fois de plus, nous arrêter devant cette vue splendide bien que très brumeuse, comme vous pouvez le constater.

Vue brumeuse du matin

Qu’est-ce qu’on petit-déjeune en Islande ? On ne sait pas vraiment. Mais vu que Björn nous a dit de nous servir dans le frigo, nous testons enfin le skyr : un saveur cassis et un saveur crème brûlée. Si le premier est bon, le deuxième me laisse perplexe. Pourquoi toujours autant de goût chimique ?!  Nous complétons avec du pain de mie et de la confiture de baies d’ici ! Cela ressemble un peu à du cassis en un peu moins prononcé. Assez sympa.

Je continue à traquer la moindre trace faunistique ou aquatique à la jumelle, mais rien. Je ne sais pas quoi chercher, donc je ne trouve pas. Logique, me direz-vous ?!

Le soleil commence à remplacer la pluie et les nuages. Vers 10h, Björn nous fait comprendre que nous allons commencer. Nous montons dans sa voiture et allons… 100m plus loin, là où se trouvent les installations à poissons.  

Le soleil perce un peu les nuages

La ferme aux truites : un élevage intégré et intensif

Et là, nous découvrons les installations et les explications de Björn. De ce que je comprends, cette ferme est une ferme que nous pourrions considérer comme « intégré » et « intensive ». Outch pour mes valeurs ! Il est en partenariat avec une industrie sur 5 ans, il en est à sa 3e année. C’est cette industrie qui lui livre, vers Novembre, plus de 400 000 œufs de truites arc-en-ciel. Son objectif : les faire grossir. Les œufs deviennent des larves qui deviennent des alevins qui eux-mêmes deviennent des poissons. (Je vous fais réviser vos cours de biologie de collège, ne me remerciez pas).

Vue sur les installations de la pisciculture de truites

Vue de l’ensemble de la ferme aux truites

C’est donc sous ce gros hangar que se trouve la nourricière aux truites. Il y a une petite pièce où seront mis les œufs de truite. Quand elles deviendront un peu plus grandes (type alevin 2– rappelez-vous de mon cours de biologie du paragraphe précédent !), elles iront dans les bassins à côté, sous le gros hangar. Et ainsi de suite. Les truites changent de bassins à mesure qu’elles grossissent. Le bassin final est l’un des 4 bassins extérieurs avec un plus gros diamètre et plus profond. Ces derniers bassins peuvent accueillir jusqu’à 100 000 poissons.

Nourricière aux truites

Chaque « tiroir » contient des dizaines de milliers d’oeufs

Hangar avec des bassins de truites

Les bassins qui contiennent les alevins selon leur stade de croissance

Bassins extérieurs pour truites

Les bassins extérieurs. Chaque bassin peut contenir jusqu’à 100 000 truites

Quant à celles qui n’ont pas grossi assez vite et accusent un retard de croissance ? Björn a eu les instructions de les tuer (cela me rappelle totalement l’industrie carnée en France et ailleurs : pas assez gros ? pas le bon sexe ? Hop poubelle !), lui préfère les relâcher dans les étangs à côté de la ferme pour qu’elles continuent de grandir à leur rythme et ainsi finir… dans son assiette. La fin est la même en soi. Mais je ne me lancerai pas ici sur ce débat !

Une croissance en eau douce puis à la mer

La ferme n’est pas propriétaire des truites en tant que tel, ce n’est donc pas cela qu’elle va vendre. Elle est propriétaire du poids que la truite prendra au cours de sa croissance. C’est donc cela qu’elle vendra : le différentiel de poids entre l’arrivée : l’œuf et le départ : une « jeune » truite. Jeune truite ? Oui, car ce n’est pas ici que les truites finiront de grandir. Quand elles atteindront 80-100g, les truites seront acheminées dans un autre endroit pour finir de croître ( = prendre du poids) en mer. Je vous arrête de suite : ne les imaginez pas libre dans l’eau hein ! Les truites sont mises dans un parc marin.

Et là normalement, vous vous exclamez (comme mon père l’a fait) : « Estelle, Estelle, tu n’as pas bien compris ! Les truites dans la mer ? Ce sont des poissons d’eau douce, les truites ! «  A cela je vous répondrais qu’effectivement, les truites sont des poissons d’eau douce, mais que cela n’empêche pas une croissance en eau salée et donc en mer. Contrairement aux saumons, où selon Björn, il faudrait une adaptation à la salinité. Pas besoin pour les truites. A partir de 25g, elles peuvent être mises en condition saline. 3

Nous qui nous attendions à voir des poissons, nous voilà un peu déçues car il n’y a plus de poissons. Et en même temps, vu que je ne m’attendais pas à une ferme intensive, ce n’est peut-être pas si mal… C’est la basse saison ici. Les œufs arrivent en Novembre et les poissons partent en Août. Nous sommes dans l’intersaison (le vide-sanitaire si je continue mon analogie avec les poulets).

A la fin de la visite, Björn nous annonce quand même que nous allons nourrir les poissons. Lesquels ? Ceux qu’il n’a pas tué. Vous vous rappelez de ce que je vous disais un peu plus haut ? Les poissons qui n’ont pas le poids standard sont relâchés dans deux étangs situés juste à côté. Et Björn continue à les nourrir.

Notre activité de ce matin est donc de les nourrir et il nous montre comment faire. Un seau avec des granulés dedans, il s’approche de l’étang prend une pelletée de granulés et les jette dedans. Et là, l’eau se met à bouillonner. Pas des petites vagues ! Non, non ! Des gros bouillons type bain à remous ou jacuzzi qui s’emballe. A la deuxième pelletée, nous commençons à voir les poissons sauter de part et d’autre. Eh ben ! Il ne nous mentait pas quand il disait qu’il y avait des milliers de poissons dedans. C’est impressionnant. Il fait cela pendant de longues minutes alternant entre les deux étangs. Le principe est de ne pas donner tout d’un coup. Une pelletée, attendre, une pelletée, attendre. Il faut changer d’endroits, faire des pauses et tout. C’est tout un art de donner à manger aux poissons. C’est assez relaxant en fin de compte.

EstelleLyan donnant à manger au truites

Donnant à manger aux truites affamées

Ebullition de truites après les avoir nourries

Les truites viennent à la surface pour manger

A la découverte des phoques

Une fois finie, nous reprenons la voiture pour 100 m: Coffee Break annoncé par Björn. Il nous répète : No stress ! Nous avec Mélanie, on n’est pas stressées ! Nous nous sentons plutôt en vacances, même. Et puis pour être honnête, nous avons l’impression de pas avoir fait grand-chose. Mais bon, si pause-café il y a, pause-café nous faisons (enfin pause tout court pour moi, car je ne bois toujours pas de café). Il en profite pour nous dire, comme si c’était tout à fait normal, que des phoques sont souvent visibles en mer. Ils viennent ici se reposer. D’ailleurs arrivé à la maison, il nous en montre par la fenêtre. Il faut repérer les formes de banane sombre. Cela, c’est possible. Et effectivement, nous voyons au loin plein de  « bananes » posées en mer. Imaginez bien, que nous passons notre pause à les observer à la jumelle. Une quinzaine de phoques se prélassent ainsi sur la plage. Magique !

Vue de loin de phoques

Quatre phoques se prélassent dans l’eau

Vue d'un phoque

Zoom sur un phoque qui se prélasse

Notre mission du jour : plantation d’arbustes

La pause-café/observation de phoques dure 30 minutes sous un grand soleil, puis nous repartons en voiture. Björn nous explique que notre mission sera de planter des arbres pour protéger du vent la maison pendant l’hiver. En effet, le vent soufflant assez fort, cela refroidit vraiment la maison et fait des sortes de congères. Planter des haies d’arbres permettrait de casser cela. C’est d’ailleurs pour cela, je comprends, qu’il y a une petite butte à côté de la maison. Cette fois-ci, direction un de ses voisins qui est pépiniériste. En effet, il utilise une source géothermale pour chauffer ses serres. Il produits plein de plants d’arbustes et aussi quelques légumes et fruits, dont par exemple des cerises ! Je découvre le fait que l’on peut cultiver des cerises sous serre ! Je suis bien naïve, me direz-vous.

Toujours est-il que la dame nous montre nos outils : une sorte de tube d’un mètre de haut en forme de pic pour se planter profondément dans le sol où l’on peut faire rentrer les plans et en appuyant sur une pédale avec notre pied, on ouvre le tube et avec la loi de la gravité, le plan tombe directement dans le trou. Ingénieux ! Pour compléter cet instrument, elle nous passe une sorte de gilet où a été rajouté sur le côté un bidon coupé en deux pour caler nos plants et ainsi éviter d’avoir à se baisser. De toute façon, elle nous le dit : ne vous baissez pas !!! Oui cheffe ! On ne se baissera pas !

On récupère donc cet attirail et on repart à la maison. Prêtes pour commencer à planter. Et pas de pause-café ou autre, Björn nous annonce très rapidement ce qu’il veut : faire 3 à 4 rangées d’arbres du haut jusqu’à la mer et il part vers les installations à poisson. Nous nous regardons avec Mélanie et commençons donc à tester notre nouvel attirail. Nous découvrons assez vite que l’un des gilets est cassé et que l’un des plantes-arbres est trop étroit pour recevoir tous les plants. On fera avec.

L'attirail de plantation

Mon attirail de plantation

Simpy

Simpy, chien tout mignon mais qui casse bien les oreilles !

Nous commençons donc à planter. Tâche répétitive mais non désagréable surtout avec un cadre aussi exceptionnel, un ciel bleu et un soleil. A deux doigts de regretter la crème solaire ! Nous sommes accompagnées de Simpy et Summer. Nous découvrons la flore du lieu. Une tourbière avec des creux, des bosses, et qui cache bien des changements de niveau. Il n’est pas rare donc qu’en pensant marcher sur du plat, nous tombions un peu plus profondément. Si le cadre est exceptionnel, le son l’est un peu moins. En effet, Simpy, 4 ans, passe son temps à aboyer sur les phoques. Autant vous dire que les phoques n’en sont pas perturbés et continuent à se prélasser et que nos oreilles, enfin surtout les miennes, n’en peuvent plus ! C’est beau la nature et tout, mais c’est encore mieux quand des aboiements stridents ne la perturbent pas. Nous essayons donc tant bien que mal de faire taire Simpy… ce qui n’est pas si simple.

Vue en travaillant

Vue de notre lieu de travail

Vers 12h45, nous entendons la voiture revenir et Björn nous annonce la pause déjeuner. Nous rentrons contentes d’aller manger. Le midi, Björn ne déjeune pas. Nous prenons donc des restes dans le frigo pour nous confectionner notre repas. L’après-midi recommence à 15h (no stress) et nous plantons le reste des 4 rangées jusqu’à 16h. 350 arbres plantés, nous avons bien travaillé et surtout ça a été plus vite que ce que je pensais ! C’est vrai que leur outil est très pratique. Moi qui m’imaginais devoir creuser des gros trous, je suis contente de ne pas avoir à le faire.

Notre deuxième mission : pêcher le repas du soir

Nous rejoignons Björn et Töte qui bricolent une voiture. Quand on lui demande ce que l’on a à faire d’autres, Töte nous annonce : pêcher les truites que nous mangerons ce soir. Objectif : 4.

N’ayant jamais fait cela, il nous montre comment faire. Cela a l’air simple : jeter l’hameçon avec la canne à pêche, rembobiner le fil et avoir une truite au bout de l’hameçon. Ok. J’essaye. Je lance, je rembobine et alors que je pensais ne rien avoir pêché, à la dernière minute, un poisson s’hameçonne. Mon premier poisson ! Plus que 2 à pêcher. Mélanie se lance. Elle prend la canne à pêche, lance l’hameçon et… rien. Elle recommence, recommence, recommence… Un peu dépitée, elle me tend la canne à pêche pour que j’essaye à nouveau. Je lance et rien. Je relance et rien de nouveau. Après 3 autres tentatives, enfin un poisson s’accroche. Notre 3e. Pour le 4e, il faudra attendre longtemps. Comme si les truites avaient su qu’il ne fallait mieux pas venir nous voir. En effet, la suite, je vous laisse la deviner…

EstelleLyan qui peche

A la pêche aux truites

J’ai toujours dit : si on n’est pas capable de voir un animal que l’on mange se faire tuer, alors autant ne pas en manger. Selon moi, c’est hypocrite autrement. Ben, c’est de plus en plus dur pour moi. Il y a quelques années, au Congo, il n’y avait pas trop de problème : la faim pousse à faire des choix. Là, c’est plus dur.

Bref, nous rentrons et nous prélassons tranquillement sur le canapé (enfin moi, je me mets à écrire 😊). Au bout d’un moment, Björn vient cuire les truites. Et autant vous dire qu’effectivement la veille ce n’était pas une erreur de jugement de ma part. Le tiers d’une tablette de beurre y passe. Le gras, c’est la vie !

Nous profitons du repas pour lui poser la question qui nous brûle les lèvres depuis que nous sommes arrivées : pourrons-nous l’accompagner aller observer les baleines ? En machônnant, il nous répond avec un grognement que l’on prend pour de l’affirmatif accompagné d’un « Demain, peut-être ». Nous n’insistons pas plus, pour éviter qu’il change d’avis et surtout que nous ne nous fassions trop d’espoir.

Nous allons de nouveau nous coucher tôt, le grand air islandais nous fatigue !


Et pour être tenu·e au courant des actualités, inscrivez-vous à ma newsletter :


  1. « Pas de stress. Ici, pas de stress. Allons prendre une pause café »
  2. Un alevin est le stade de vie du poisson qui vient juste après l’œuf.
  3. Alors j’ai fait quelques recherches rapides sur internet, et j’ai trouvé quelques articles, si vous voulez développez une passion truite : Monitoring the gut microbiota of rainbow trout during seawater acclimation (Yamada et co ; 2025) et Influence of salinity on rainbow trout (Oncorhynchus mykiss) smolt development and post-smolt performance (2024)

Une réponse à “[4] La ferme aux truites : notre première journée”

  1. […] intriguant d’avoir de l’eau naturellement à 40°C, non ?! Allez, après la biologie dans l’article sur les truites, je vous fais réviser votre […]